Le maintien à domicile des personnes âgées ou en situation de handicap mobilise des structures aux missions distinctes. SSIAD et SAAD (souvent appelé SAD dans le langage courant) ne couvrent pas les mêmes besoins, ne sont pas financés de la même façon et ne font pas intervenir les mêmes professionnels.
La réforme en cours, qui crée une catégorie unique baptisée service autonomie à domicile (SAD), complique encore la lecture. Cet article pose les écarts concrets entre ces dispositifs et mesure ce que la nouvelle architecture change pour les familles.
Tableau comparatif : SSIAD, SAAD et nouveau SAD
Avant d’analyser chaque dispositif, un résumé des différences structurelles permet de poser le cadre.
| Critère | SSIAD | SAAD | SAD (réforme) |
|---|---|---|---|
| Nature des prestations | Soins infirmiers, toilette médicalisée, pansements, surveillance clinique | Aide à la vie quotidienne : ménage, courses, repas, accompagnement social | Aide seule ou aide et soins combinés |
| Professionnels mobilisés | Infirmiers diplômés d’État, aides-soignants | Auxiliaires de vie, aides à domicile | Les deux profils selon la formule choisie |
| Financement principal | Assurance maladie (pas de reste à charge pour le bénéficiaire) | APA, PCH, aides du département, reste à charge variable | Financement mixte en cours de redéfinition par la CNSA |
| Public visé | Personnes âgées dépendantes, personnes handicapées, retour d’hospitalisation | Personnes en perte d’autonomie ou en situation de handicap | Mêmes publics, accès simplifié via une structure unique |
| Cadre juridique | Autorisation ARS | Autorisation ou agrément départemental | Décret n° 2023-608 du 13 juillet 2023 |

Soins infirmiers à domicile : ce que le SSIAD couvre réellement
Le SSIAD intervient sur prescription médicale. Son périmètre se limite aux actes de soins : toilette médicalisée, injections, pansements, surveillance de l’état de santé. Les professionnels qui se déplacent sont des infirmiers diplômés d’État et des aides-soignants, coordonnés par un infirmier coordinateur.
L’un des points les plus concrets pour les familles : le SSIAD est pris en charge par l’Assurance maladie, sans reste à charge direct. C’est une différence majeure avec le SAAD, où le financement repose sur des aides comme l’APA ou la PCH, avec un reste à charge qui varie selon les ressources du bénéficiaire.
Le SSIAD ne couvre pas l’aide ménagère, la préparation des repas ou l’accompagnement aux sorties. Une personne qui a besoin à la fois de soins infirmiers et d’une aide pour les courses doit donc, dans le système actuel, faire appel à deux structures distinctes.
Aide à domicile via un SAAD : périmètre et limites
Le SAAD (service d’aide et d’accompagnement à domicile) prend en charge les gestes du quotidien que la personne ne peut plus réaliser seule. Les auxiliaires de vie interviennent pour :
- L’aide au lever, au coucher, à l’habillage et à la toilette non médicalisée
- La préparation des repas, les courses et l’entretien du logement
- L’accompagnement aux rendez-vous médicaux ou à la vie sociale (sorties, activités)
- Le soutien moral et le lien avec les proches aidants
Le SAAD ne peut pas administrer de soins médicaux. Si la personne accompagnée a besoin d’un pansement ou d’une injection, un infirmier libéral ou un SSIAD doit intervenir en complément. Cette frontière entre aide et soin est la source principale de complexité pour les familles qui doivent coordonner plusieurs intervenants.
Le financement du SAAD, un reste à charge variable
Le coût d’un SAAD dépend du plan d’aide défini par le département. L’APA (allocation personnalisée d’autonomie) couvre une partie des heures, mais le reste à charge varie selon les revenus. Pour les personnes en situation de handicap, la PCH (prestation de compensation du handicap) peut prendre le relais. Dans les deux cas, la famille doit souvent compléter.

Réforme SAD : deux formules au lieu de trois structures
Le décret n° 2023-608 du 13 juillet 2023 a posé le cadre juridique des services autonomie à domicile (SAD). L’objectif affiché est de supprimer la séparation entre SAAD et SSIAD pour proposer un interlocuteur unique aux bénéficiaires.
La réforme distingue deux formes de SAD : aide seule et aide et soins. La première correspond à l’ancien SAAD. La seconde fusionne les prestations du SAAD et du SSIAD dans une même structure. Les anciens SPASAD (services polyvalents d’aide et de soins à domicile), qui combinaient déjà les deux volets, se trouvent absorbés dans cette nouvelle catégorie.
Calendrier de bascule et réalité du terrain
La bascule vers le modèle SAD est prévue pour se généraliser d’ici 2026. Dans les faits, tous les SSIAD et SAAD n’ont pas encore fusionné. Certaines structures fonctionnent encore sous leur ancien statut pendant la période de transition. Pour une famille qui cherche un service aujourd’hui, il est donc possible de rencontrer des SSIAD, des SAAD et des SAD selon les territoires.
Pilotage départemental et financement : les questions ouvertes
La Cour des comptes a récemment recommandé un pilotage départemental des SAD dès 2027, avec un modèle davantage fondé sur les résultats auprès des usagers que sur l’architecture juridique des structures. Cette recommandation signale que la réforme ne se limite pas à un changement de sigle.
Le financement des SAD mixtes (aide et soins) fait l’objet d’un chantier parallèle mené par la CNSA. La question centrale porte sur la rémunération de l’activité de soins à domicile et sur la manière dont les enveloppes Assurance maladie et départements vont s’articuler dans le nouveau cadre. Tant que ce modèle n’est pas stabilisé, les écarts de financement entre territoires risquent de persister.
- Les SAD « aide seule » restent financés principalement par l’APA ou la PCH, avec un reste à charge pour le bénéficiaire
- Les SAD « aide et soins » combinent financement Assurance maladie (volet soins) et financement départemental (volet aide)
- La Cour des comptes pointe un besoin de simplification du pilotage pour éviter les doublons administratifs
Pour les familles, le critère de choix reste le même qu’avant la réforme : identifier si le besoin est médical (soins infirmiers, surveillance clinique) ou lié à l’accompagnement quotidien. La différence, c’est qu’un SAD mixte peut désormais répondre aux deux besoins sans multiplier les interlocuteurs. Là où un tel service existe sur le territoire, c’est un gain de coordination réel pour les aidants.

